#9 Jeu à la Nantaise, bullshit* ou réalité ?

Inspiré des plus belles heures du Football Club de Nantes, l’expression « jeu à la nantaise » est reprise à longueur d’interviews par les différents acteurs du numérique nantais. Mais c’est quoi le jeu à la nantaise ? Un simple slogan politique ou un réel état de fait ? 

Adrien Poggetti, Antoine Dumont, Julien Hervouët, … Les startups et les associations du numérique n’échappent pas à la règle, comme pour chaque succès collectif à Nantes, elles ressortent des cartons – ou on s’en occupe pour elles - le fameux « jeu à la nantaise » ! C’est Jean-Marc Ayrault, grand amateur des Canaris, qui le premier dans les années 2000 a instigué cette fâcheuse habitude de comparer toute action entreprise collectivement au jeu pratiqué par le FC Nantes dans les années 90. 

« Jouer collectif au bénéfice de tous »

A première vue, sans être un élitiste du ballon rond, l’usage d’une expression de culture footballistique par des gens qui ne le pratiquent, pas plus qu’ils ne l’ont vu à l’œuvre, a de quoi faire sourire. Et on peut aisément imaginer qu’à force d’être appliqué aux politiques sociales, urbaines, énergétiques, environnementales, culturelles, et j’en passe ... le « jeu à la nantaise » se dénature ou se banalise… pour ne devenir qu’un simple concept marketing, efficace et implacable, désignant le savoir-faire de la ville en terme de dialogue citoyen : « jouer à la nantaise, c’est jouer collectif au bénéfice de tous, permettre à toutes les Nantaises et à tous les Nantais de prendre part au dessein collectif » trouve-t-on sur le site de la ville. Un message porteur de sens, mais un poil simpliste au regard de l’histoire des Canaris. On s’éloigne en fait du sens originel, à l’image des journalistes, pourtant spécialisés, qui parlent aujourd’hui d’une équipe qui joue « à la nantaise » dès lors que ses joueurs parviennent collectivement à développer un jeu fluide, enchaînant rapidement actions offensives et buts... Un bel hommage, mais un hommage un peu galvaudé, car même si elle en est – ou en a été - un fier représentant, Nantes n’est pas plus l’inventeur du football collectif, que du dialogue citoyen… La particularité du jeu à la nantaise se trouve ailleurs. 

« Des idées dans la tête et de l’explosivité dans les jambes »

Mais alors d’où vient le jeu à la nantaise ? Hérité des années 60, repris mot pour mot par Jean-Claude Suaudeau, entraîneur emblématique du club, il renaît au début des années 90, sous la plume de Patrick Dessault, correspondant de l’Équipe. À cette époque, le « magicien », comme il est surnommé, met en place un jeu fondé sur la vitesse et l’explosivité de ses jeunes joueurs. Des passes courtes, une touche de balle, et du mouvement pour créer des solutions aux porteurs du ballon. C’est ainsi que Nantes se fait connaître. Avec un collectif sans star, un style spectaculaire porté vers l’avant, mais un jeu risqué et très gourmand en énergie. 

 

Le jeu à la nantaise a aujourd’hui disparu à la Beaujoire, mais les acteurs du numérique ne sont pas les moins bien placés pour l’incarner. A travers cette expression, on souhaite mettre généralement en avant la capacité de chaque acteur à travailler collectivement pour partager une vision commune, sans qu’aucune individualité ne ressorte du lot. « Chacun essaie de se fondre dans l’ensemble et fait confiance au partenaire » expliquait José Arribas, entraîneur du FC Nantes dans les années 60 et initiateur de cette philosophie. Pour autant, la comparaison ne s’arrête pas là, car le numérique n’a pas toujours été une évidence à Nantes. La naissance d’Atlantic 2.0 en 2008 pour structurer les forces en présence et les inviter à l’échange a largement participé à ce travail de dynamisation, « J'entends dire que l'important, c'est l'organisation de l'équipe. Mais le plus important, c'est comment on va l'animer. » Suaudeau dans le texte. Des villes, comme Lyon ou Lille, ont longtemps compté une longueur d’avance. C’est pourquoi, il a fallu pour les acteurs du numérique se projeter vite vers l’avant : « Techniquement, on était loin du compte, il fallait qu'on surprenne. Alors, on allait à mille à l'heure.Le mouvement, c'est la base du jeu nantais » expliquait Christian Karembeu, formé à Nantes avant de devenir champion du monde en 1998. Et si on regarde de plus près les startups nantaises, on y verrait tout aussi bien la capacité à aller de l’avant, à dépasser la peur de l’échec, et à rebondir s’il se présente. En quelques mots, résume le magazine SoFoot : « mouvement, appels et prise de risque ; des idées dans la tête et de l’explosivité dans les jambes ».

Dans les jambes, dans les bras, ou dans le cœur, le jeu à la nantaise a tout de même de belles heures devant lui !

Pour les nostalgiques :