#2 Petite histoire du numérique à Nantes

Aujourd’hui place forte du numérique, l’écosystème nantais ne s’est pour autant pas construit en quelques mois… comment Nantes est-il devenu the coolest place to grow ?

La face cachée de l’iceberg

Le numérique à Nantes, c’est une histoire qui a commencé bien avant l’avènement des startups 2.0. Bref retour sur la genèse de l’écosystème en 3 dates clés :

1987. Situés sur l’île de Nantes, les chantiers navals Dubigeon ferment, marquant la fin d’une ère industrielle. Forcé de se réinventer, le territoire engage alors une politique audacieuse sur le front culturel (les Allumés, Royal de luxe, Folle Journée) et industriel (STX, Airbus). Les loyers attractifs encouragent les investissements sur le territoire, « Nantes a su se diversifier en se réorientant vers les activités de services », expliquait Gérard Estival, le créateur d’un réseau de business angels dédié au numérique, dans les colonnes de Challenges. Un cercle vertueux s’installe peu à peu. 

1995. Internet arrive à Nantes. De nouveaux besoins apparaissent, et de grandes entreprises choisissent de s’implanter dans la cité des Ducs. Les services informatiques de grandes entreprises comme Voyages SNCF, Banque Populaire ou Système U s’installent, suivis, dans les mêmes temps, des sociétés de conseil en informatique ASI (1993), CapGemini (1999), ou encore ATS Accenture (2003). Plusieurs centaines d’emplois sont ainsi crées et des associations d’acteurs apparaissent (ADN Ouest, fusion du CENIO pour les prestataires informatiques et du CRI OUEST pour les grandes entreprises).

1998. Le numérique investit le champ de l’enseignement supérieur. En septembre, l'Université de Nantes lance le premier diplôme proposant des enseignements en lien avec Internet. La ville s’appuie par ailleurs sur ses écoles historiques, Audencia et Centrale Nantes, rejointes par l’École de Design (1988), Les Mines (1990), l’IMIE (1994), l’EPITECH, L’EPSI ou encore le Groupe Ynov en 2015, qui peu à peu se mettent à former des talents pour le numérique. 

Ces premiers éléments constitutifs de l’écosystème ont permis le développement du numérique à Nantes dans les années 2000 et nourri ses premiers succès (Materiel.net, Valneva, My Script).

L’irrésistible ascension du numérique 2.0

« A l’origine il y a Atlantic 2.0 qui est une association qui part du constat qu’il n’y a pas de réseau dédié aux entrepreneurs du numérique qui existent », explique Adrien Poggetti, directeur général d’Atlantic 2.0, « Il y a des réseaux plus généralistes mais les startupers ne se retrouvent pas forcément dedans. Atlantic 2.0 visait donc à rassembler les entrepreneurs du web, du e-commerce, etc. ». Nous sommes en 2008, la première génération d’iPhone vient à peine de sortir en France, et le Web 2.0* n’en est encore qu’à ses balbutiements. 

Si à Paris, les initiatives se multiplient, notamment avec la Cantine, un espace de coworking fondé par l’association Silicon Sentier, en région les acteurs sont plus dispersés. « Au début il n’y a pas de lieu d’échanges entre les entrepreneurs déjà existants. A la base l’idée du réseau, c’est vraiment de se connaître, échanger et de jauger combien on est à Nantes »

Cette impulsion, Nantes la doit à trois entrepreneurs : Ludovic Simon, fondateur de Doyoubuzz, François Badénès, fondateur de Human Connect, et François Michel Estival, fondateur de MonNuage. L’association commence avec des événements, en invitant des experts, mais également en valorisant les talents locaux. « Assez vite ça fonctionne, on découvre plus de boîtes que ce à quoi on s’attendait » raconte Adrien.

Exclusivement soutenu par des partenaires privés à l’époque qui leur allouent 20 000 euros, l’association compte rapidement 60 membres et une quarantaine d’événements à son actif.

Si bien que le besoin de se fixer dans un lieu se fait ressentir. « Même si ce sont des réseaux d’acteurs du virtuel on a toujours défendu que le réseau se faisait par la rencontre physique ».

Avec le soutien des acteurs publics, à hauteur de 50.000 euros de subventions, Atlantic 2.0 peut embaucher une 3e, puis une 4e personne, alors que la Cantine numérique de Nantes ouvre finalement ses portes en février 2011 au cœur du quartier des Olivettes. « D’un seul coup, il y a un lieu physique qui permet aux acteurs de se retrouver, qui nous permet nous de gérer plus simplement la logistique événementielle » explique Adrien.

Une fois le lieu établi, l’association s’atèle à développer son événement phare : le Web2Day. Démarré en 2009 avec 200 participants, le festival dédié à l’innovation web et numérique connaît un tournant significatif en 2012 avec son déménagement au Stéréolux qui offre un décor plus grand, plus sympa et surtout plus visible. Dès lors, le Web2Day poursuit sa progression jusqu’à s’imposer comme un événement incontournable du numérique en France.  

Enfin, la candidature pour le label French Tech, obtenue en 2014, marque une nouvelle étape de la structuration de l’écosystème. Elle s’inscrit dans un moment de renouvellement politique à Nantes, avec l’élection de Johanna Rolland qui fait du numérique un vrai cheval de bataille, et permet à l’ensemble des acteurs institutionnels, associatifs, entrepreneurs de se fédérer. 

« On commence à récolter les graines qu’on sème depuis 7 ans »

Cette ascension rapide ne doit néanmoins pas masquer les efforts produits. Il a notamment fallu surmonter le préjudice porté par la première vague de startups, victime de sa folie des grandeurs et de l’éclatement de la bulle internet au début des années 2000. « La difficulté était de trouver une place pour les startups dans l’économie nantaise, de trouver des financements chez des partenaires qui jusqu’ici ne finançaient que l’innovation technologique, mais pas l’innovation d’usage, managériale ou marketing par exemple. Il a donc fallu faire un peu d’évangélisation, de la sensibilisation sur un univers encore peu connu »

Pour ce faire, Nantes a pu compter sur des belles réussites (Materiel.net, Akénéo, Lengow) qui ont permis de crédibiliser l’écosystème à un moment où l’image des geeks qui s’amusent dans leur garage a encore la peau dure. « Aujourd’hui, le succès marqué par French Tech a acté que le numérique est un vrai levier de développement économique du territoire » rappelle Adrien. « Ça nous dépasse même un petit peu, parce qu’il y a un certain nombre d’acteurs, comme le Start-Up Palace, qu’on a accompagné, qui portent leurs propres initiatives aujourd’hui et contribuent à fédérer et développer notre écosystème » 

4,5M d’euros levés par l’écosystème en 2013, 6M en 2014, et déjà 13M sur cette première moitié de 2016. « Ça donne une information sur l’ambition des boîtes et sur les investisseurs qui commencent à comprendre qu’il se passe quelque chose à Nantes, et que ça vaut le coup de s’installer ici ». Une ambition qui se traduit également par 1660 emplois crées en 2015 et qui permet à Nantes de se prévaloir de la croissance de l’emploi numérique la plus élevée en France. 

Après plusieurs années à « semer les graines », l’écosystème commence enfin à en récolter les fruits. Et ce n’est peut-être que le début de la moisson ! 

*terme générique qui décrit l’évolution du web vers plus de simplicité, d’interactivité…